La dimension cachée

 

Il y a quelques jours lors d’une visite chez une amie, j’ai assisté à une conversation très intéressante sur notre façon d’appréhender l’environnement qui nous entoure.

L’amie en question vit depuis quelques années dans la capitale, mais supporte de moins en moins  la vie parisienne, au point de ne plus vouloir sortir de chez elle. Malgré la richesse et la beauté de cette ville, elle étouffe rien qu’a l’idée de prendre les transports en commun, de devoir aller au travail, de marcher sur les rues aux heures de pointe ou encore de devoir faire les courses dans cette mégalopole. Par ailleurs, elle regrette d’avoir quitté sa maison de 130m² situé dans un milieu idyllique, pour vivre dans un petit appartement de 40m² dans une ville qui l’irrite.  Aujourd’hui, elle espère retourner le plus rapidement possible dans sa ville natale ou elle a toujours vécu, une merveilleuse ville de campagne prés de Clermont-Ferrand.

Rapidement, notre discussion a éveillé en moi les théories du livre de Edward T. HALL: La dimension cachée.

 

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Ahhh…! la dimension cachée, prononcer le titre de ce livre suffit à évoquer en moi des merveilleux moments de lecture 😀 . Ce livre m’a beaucoup appris, tant au niveau professionnel que personnel. Il m’a permis de mieux comprendre la nature de l’homme, de notre environnement, et de voir certaines choses que j’estimais comme acquises sous un angle nouveau.

Vous l’aurez compris, la philosophie de cet ouvrage a eu un grand impact dans l’approche que j’ai dans le domaine de l’architecture. Mais que vous soyez designer ou pas, je ne peux que vous recommander ce fabuleux livre. Il fait partie de ces rares livres que j’ai lus avec grand plaisir et c’est avec joie que je partage avec vous dans cet article, un aperçu de « la dimension cachée » 😉 .

 

LES HOMMES

Je ne vous apprendrai rien en vous déclarant que l’une des différences majeures des hommes comparés aux animaux est le langage. Nous communiquons principalement avec des mots et des phrases, mais de nombreuses études soulignent régulièrement l’importance des autres éléments d’échanges comme la gestuelle, l’attitude, les expressions faciales, les odeurs, le rythme et le timbre de la voix, etc. Ainsi, les informations transmises par notre corps, souvent à notre insu, sont aussi importantes que les mots que nous échangeons.

Mais il existe également un autre élément souvent oublié qui est.. l’espace, la distance, l’environnement dans lequel nous échangeons. C’est ce que l’Anthropologue Edward T. Hall appelle, « la dimension cachée ».

Dans son livre, l’auteur nous fait part de ces liens, ces codes qui à la fois conditionnent notre façon d’être et notre perception de l’espace. Mais aussi l’incompréhension et les malentendus qui peuvent en résulter lorsqu’on se trouve en présence des espaces ou  des personnes qui ne partagent pas nos codes. En effet, même si aujourd’hui la tendance est à la mondialisation, chaque groupe de personne possède et accorde une importance à son histoire et ses traditions. Selon ses origines et sa culture, nous avons chacun acquis des règles et des codes de communication. Si deux personnes partagent un même langage et des codes de communication identiques, alors tout va bien, mais si ce n’est pas le cas alors des incompréhensions peuvent surgir, même si ces derniers communiquent avec un même langage dans un discours positif.

 

 

L’ESPACE

L’auteur nous rappelle que depuis toujours, comme chez les animaux, l’homme doit posséder un territoire et faire partie d’un groupe. Ce sentiment d’appartenance est nécessaire pour plusieurs raisons telles que la sécurité, la cohésion, la défense, la reproduction, etc. C’est pour cette raison que dés son plus jeune âge, un enfant peut ressentir l’angoisse d’une distance vis-à-vis de ses repères comme ses parents, sa maison, etc. et l’un des plus grands châtiments de l’histoire concernait le bannissement d’une personne dans un groupe.

Par ailleurs, à une plus petite échelle, chaque individu possède aussi un espace, une sorte de « bulle » qui définit, ses propres limites comme l’intimité, la sécurité, l’affection, la distance de discussion, etc., et lorsqu’une personne s’introduit dans notre « bulle » sans y être invitée, cela crée chez nous un stress. Ceci explique en partie, la qualité de vie des grandes villes comme l’agressivité, l’insécurité, la vitesse ou la fatigue provoquée par les transports en commun.

D’ailleurs, les premiers chapitres du livre est consacré à la notion d’espace chez les animaux et aux effets inquiétants de la surpopulation chez ces derniers. On apprend entre autres que l’augmentation du nombre d’espèces dans un même espace entraine de nombreux problèmes comme la violence, l’agression sexuelle et des maladies.

Nombreux sont les méfaits engendrés par le stress, mais l’auteur n’oublie pas de souligner également les points positifs comme le fait que le stress provoque la compétition, et de ce fait peut être considéré comme un facteur d’évolution plus rapide.

 

NOS LIEUX DE VIE

Dans un lieu de vie comme une maison ou un espace public, l’anthropologue nous rappelle que l’espace kinesthésique (ce que l’on peut toucher, sentir) est primordial.

Certaines chambres d’hôtels des grandes villes, telles que l’Amérique ou l’Europe, sont si étroites qu’il n’est pas possible de circuler sans se heurter aux meubles et à l’équipement. Ou encore, une cuisine moderne, mais mal conçue peut littéralement effacer chez nous toute plaisir et envie de cuisiner.

Les besoins en terme d’espace au niveau individuel et culturel sont très variés, mais c’est surtout ce que l’on peut accomplir dans un espace qui détermine notre vécu et notre bien-être. Par exemple, la perception que nous avons d’une grande espace comparée à une petite est naturellement différente, mais on se sentirait toujours mieux dans un petit espace bien aménagé plus tôt qu’un grand espace mal conçu.

L’auteur, nous fait aussi part d’une étude intéressante du phonéticien JW BLACK, qui selon recherches, a découvert que la vitesse de lecture est affectée par la dimension d’une pièce. Ainsi, on lirait plus lentement dans une grande salle plutôt que dans une petite.

 

 

LA COMMUNICATION DE NOS SENS

Comme soulignés précédemment, nos échanges avec les autres sont conditionnés par notre culture et notre vécu.

La voix

Contrairement aux Américains qui ont pour habitude de s’exprimer à voix haute, la majorité des anglais et japonais ont pour habitude de moduler leur voix afin de parler à voix basse. Pour ces derniers parler ainsi est une forme de raffinement et de politesse. C’est la raison pour laquelle certains anglais et japonais peuvent trouver irritante, la haute portée de voix d’un américain.

L’odorat

L’odorat fait partie d’une faculté que l’homme a de moins en moins développée au fil du temps et aujourd’hui nous sommes très loin d’égaler nos amis les animaux. Pourtant il y a bien longtemps, ce sens avait probablement un rôle important chez l’homme. Aujourd’hui, des études montrent régulièrement qu’il est possible de transférer de nombreuses informations par ce sens comme la santé et la peur. Ici encore, L’auteur nous donne des exemples très intéressants du rapport qu’entretient l’homme avec son odorat selon les cultures.

Par exemple, en occident les odeurs corporelles sont mal considérées et bannies par la société. Nous utilisons des déodorants, des parfums et chaque espace public est aseptisé. Edward Hall note également que ce fait affecte aussi la mémoire, car les odeurs ont le pouvoir d’évoquer des souvenirs d’une manière beaucoup plus profonde que les images et les sons. En bannissant les odeurs, on se prive d’un puissant moyen de communication, tandis que nos villes manquent de richesse et de diversité.

Cependant, certains pays continuent à accorder de l’importance à l’odorat et dans certains pays,  il n’est pas rare de voir deux personnes communiquer très proche l’une de l’autre au point d’échanger leurs odeurs. Dans une démarche de communication avec échanges d’informations, il est courant de baigner l’autrui de son haleine et de partager ses odeurs corporelles.

Naturellement, une fois de plus; des incompréhensions et des malaises peuvent surgir lorsque deux cultures différentes se rencontrent: Un Français qui prendra les transports en commun en Inde ou en Afrique peut être littéralement saisi et dérangé par l’odeur des personnes. Lors d’une discussion, ces odeurs peuvent gêner l’Européen, il sera saisi par l’intensité et le caractère sensuel de cette expérience inhabituelle. De son côté un Indien peut légitimement se demander pourquoi les Occidentaux cherchent à tout prix à cacher leurs odeurs? Vous l’aurez compris, dans un cas comme un autre, il ne s’agit pas d’un manque d’éducation, de négligence ou de honte, mais seulement des habitudes issues d’une culture.

La chaleur

Concernant les émotions, la couleur  et la chaleur qui imminent notre corps contient de nombreuses informations que l’on peut interpréter plus ou moins « instinctivement ». Selon l’auteur, les femmes connaissent et décryptent mieux ces variations de température et certaines parviennent à interpréter l’état affectif de leurs proches même dans le noir.

Bien sûr, pour nombreux d’entre nous, il n’est pas facile d’être conscient et d’interpréter ces messages thermiques. Néanmoins, même de façon inconsciente, cela reste pour nous un facteur important d’échange avec nos proches et les inconnus. Exemple, nous pouvons interpréter la honte ou la colère en observant le visage d’une personne. Lorsque nous nous trouvons dans un lieu de foule et que la chaleur augmente nous désirons naturellement dissiper cette chaleur. Un autre point intéressant ici, c’est que la température d’un lieu modifie également notre perception de l’espace. Un lieu climatisé avec un même nombre de personnes nous paraitra plus grand et confortable plutôt qu’un espace étouffant.

Habituellement, l’homme à du mal à supporter la chaleur d’une autre personne et des études récentes nous font part des faits très intéressants. Par exemple, dans une salle d’attente lorsque plusieurs places sont disponibles, une personne s’assoit rarement dans une place qui contient encore la chaleur d’une autre personne. Même si cette dernière n’est plus dans la salle depuis plusieurs minutes.

Ainsi nous semblons avoir des réactions négatives en présence de chaleur non familière. Une fois de plus ce facteur varie selon les cultures.

Pour conclure, posséder un certain espace est un besoin pour l’équilibre de tout être vivant animal ou humain. Cependant, chez les humains, la culture est aussi un facteur important. Ainsi, chaque civilisation possède des gestuels, des conversations, des aménagements d’espaces et des frontières d’intimité différentes. Pour l’auteur, connaitre cette dimension cachée dans nos maisons et nos villes est primordial pour mieux se connaitre, mais aussi mieux connaitre « les autres » qui nous entourent et qui nous paraissent parfois différents (incorrect, malpoli, faible, etc.)

Je m’arrête ici pour la présentation de ce fabuleux livre. Bien sûr cet article est un extrait forcement réducteur, mais vous l’aurez compris, je ne peux que vous inviter à découvrir ce livre. Je vous le conseille vraiment :-). Il m’a été recommandé par mon professeur de design et fait partie de ces rares livres que j’ai lu avec grand plaisir. On y découvre la nature des hommes, les différences de culture, comment on perçoit l’autre, mais aussi l’espace qui nous entoure…. Bref, un incontournable !

 

 

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A très bientôt,

Thomas ILIK

 

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